La privatisation de la Française des Jeux ou FDJ a commencé le 7 novembre dernier. Jusqu’au 19 novembre, entreprises, salariés et particuliers peuvent décider d’acquérir des parts dans la société. Le principal actionnaire, l’État, a en effet décidé de céder 52 % de son capital. Cette entrée en bourse inquiète les spécialistes de l’addiction, qui craignent une augmentation du nombre d’individus dépendants au jeu. Face aux stratégies de profit d’une firme privée, ils s’interrogent sur les mesures prises en termes de régulation et de protection des individus addicts aux jeux d’argent. Quelles sont les conséquences de la privatisation en termes de santé publique ? Quelles sont les mesures de protection prévues ?

État des lieux de l’addiction au jeu en France

Certaines personnes jouent au casino unique en ligne, achètent régulièrement des jeux de grattage ou parient de temps en temps aux courses, et ne deviennent pas dépendantes pour autant. D’autres personnes développent au contraire une grande addiction au jeu, responsable d’importants déboires financiers. L’Observatoire des Jeux (ODJ) estime à 223 000 personnes le nombre de joueurs pathologiques en France. Même s’ils sont minoritaires, ils représentent près de 40 % du chiffre d’affaires global de la société. Les jeux de grattage sont particulièrement en cause.

Plus de profits, plus de joueurs

Avant le processus de privatisation, l’État était à la fois actionnaire et garant de la santé publique. Cela induisait un équilibre entre la croissance du chiffre d’affaires de la FDJ et le contrôle des addictions. Le Rapido, jeu très rentable et très addictif, avait notamment été abandonné suite au constat de l’augmentation du volume de joueurs compulsifs. Avec une majorité d’actionnaires privés, les craintes portent donc sur un abandon de la régulation au service du plus grand profit. En effet, pour générer plus d’argent, il faudra inciter les individus à jouer plus. La FDJ a d’ailleurs déjà exprimé sa volonté d’augmenter son réseau de points de vente. Sachant qu’un accroissement du volume de joueurs à risque a un coût non négligeable : dépenses de santé, surendettement, séparation de couple, perte d’emploi, etc.

Comment réguler l’augmentation des addicts au jeu ?

La FDJ est actuellement encadrée par l’Arjel, l’Agence de régulation des jeux en ligne. Cette autorité de régulation sera remplacée par l’Autorité nationale des Jeux (ANJ) à partir du 1er janvier 2020. Le contrôle devrait donc toujours être de mise. L’ANJ sera en particulier chargée des décisions sur le retrait ou la mise en vente des jeux, ou des sanctions appliquées aux bars-tabacs vendant des tickets aux mineurs.

En plus de tous ces dispositifs, l’Association SOS Joueurs préconise de prévoir la possibilité pour les joueurs de solliciter une interdiction d’achat lorsqu’ils se sentent dépendants et incontrôlables.